Le Moulin Brosserie de Saint-Félix situé à quelques kilomètres de Balagny, sur les rives du Thérain, est l'un des dernier témoins de l'industrialisation de notre département et de la vallée du Thérain en particulier.

C'est aussi le seul moulin dans l'Oise où fonctionnent 3 roues à aubes dont l'une est équipée d'un régulateur de Watt et où le lien entre la roue et l'usine est encore fonctionnel.

Cette roue actionne les machines de la brosserie et fournit une puissance de 10 kw/heure.

L'intérêt du site est d'ailleurs reconnu puisqu'une partie des lieux est inscrite (en 1990) à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.

 

moulin St Felix

 

 

Un moulin à blé propriété de l'Abbaye Royale Saint Lucien à Notre Dame du Thil

Avant 1789

(commune rattachée à Beauvais en 1943)

Le moulin dans son état actuel date du XIXème siècle, mais un moulin est attesté sur ce site depuis 1533 par un bail de l'Abbaye Saint Lucien de Beauvais.

C'est un moulin à blé loué à Jean Brassard, Hilaire Lengé, Lucien Bouteiller et Valéranr Brassard.

En fait, l'existence de ce moulin remonte très certainement au Moyen-Age. Il subsiste les bases, les contreforts, les meurtrières du bâtiment ancien en pierre de taille (le mécanisme de meunerie de l'époque a disparu).

L'Abbaye Saint Lucien propriétaire du moulin était l'une des plus riche du diocèse ; elle est Haut seigneur féodal de Saint-Félix et autres lieux.

Les abbés perçoivent la dîme (1/10ème de la récolte), le champart (8% de la récolte), les habitants sont obligés de moudre leur grain au moulin de l'Abbaye. Il en est de même pour le pressoir et le four. De plus, l'abbaye impose des corvées...

Le meunier doit un loyer à l'Abbaye mais doit aussi verser 18 mines de blé (environ une tonne) au baron de Mouchy (qui devait être l'ancien seigneur) ; il doit aussi entretien et réparations.

 

1789 La Révolution

Les droit seigneuriaux sont abolis

Les biens de l'église deviennent biens nationaux et sont vendus au profit de l'état.

Depuis 1737 Simon Mancelle est meunier locataire du moulin. C'est son fils qui achète le moulin avec 2,5 Ha de terre en 1792. Simon appartient à une famille de meuniers, son grand-père était aussi meunier à Hondainville.

Mis aux enchères à 22 600 livres, le moulin est vendu 6 350 livres "eu égard à son état actuel".

Le moulin est une belle bâtisse en pierre, couvert en tuiles. Au rez-de-chaussée : la salle du moulin, une écurie, un fournil, une étable, un toit à porcs et un poulailler, dans le haut, une chambre et un grenier au-dessus. Mais peut-être en mauvais état compte tenu du prix d'achat.

Devenue propriété libre, les propriétaires, locataires et activités se succèdent.

 

Au XIXème siècle : "Les moulins de Saint-Félix"

Dès le début du siècle, l'activité industrielle, en particulier textile, s'installe dans les moulins proches de Mouy.

Les moulins à blé se reconvertissent et deviennent des filatures (comme à Balagny) ou des moulins à foulon.

En 1817, J.B.Delafraye achète le moulin. En 1836, alors que son fils est fabricant de draps, il a l'intention d'apporter des améliorations au moulin et rehausse le barrage pour installer de nouvelles activités. Ce qu'il fait sans autorisation. Mais cela provoque une inondation des prairies en amont. D'où procès avec les propriétaires, les communes de Heilles et de Saint-Félix. Les frais sont importants et le moulin est revendu en 1839.

Ce sont pour la première fois deux industriels de Mouy qui achètent le moulin : un filateur de laine, M.Leclerc et un constructeur de machines pour les filatures, M.Achez.

En 1843, les nouveaux propriétaires obtiennent l'autorisation d'agrandir le barrage en ajoutant 4 vannes aux 4 déjà existantes.

Le barrage est terminé en 1844, c'est le barrage actuel.

Le barrage n'est pas rehaussé mais élargi, le déversoir est maintenu à sa hauteur antérieure malgré maintes tentatives.

NB : Les conflits entre les propriétaires de moulins et riverains en amont sont monnaie courante, le meunier souhaitant le maximum d'eau sur les roues et les riverains ayant peur d'être inondés.

Le nouveau barrage permet la construction de la "grande roue, moteur de l'usine" sur la rive droite.

De 5m de diamètre et 3,5m de large, elle est composée de 36 aubes en grisard. Son poids avec le mécanisme avoisine les 12 tonnes. Elle tourne à 3 tours/minute, un impressionnant jeu d'engrenage permet d'accélérer la vitesse de rotation à 110 tours/minute (vitesse nécessaire pour actionner les machines).

Le régulateur à boules de WATT fonctionne sur le principe de la force centrifuge, il permet de réguler la vitesse de rotation de la roue en fonction des besoins de l'usine, en ouvrant ou fermant les vannes.

C'est un exemplaire exceptionnel encore en activité sur une roue de moulin.

 

Des activités diverses se succèdent ou cohabitent sur le site maintenant dénommé "Les Moulins".

L'activité de meunerie perdure jusqu'en 1881. En 1841 un meunier à foulon s'installe. De 1846 à 1876 un fabricant de lacets coexiste avec le foulon puis lui succède. En 1859 le site est équipé de 2 roues, les propriétaires (Mrs. Achez et Leclerc) demandent l'autorisation d'ajouter une troisième roue en aval, à côté d'un bâtiment destiné à la scierie. C'est une roue en fer. Installée en 1860, cette roue fonctionne toujours aujourd'hui.

L'activité de boutonnerie apparaît dès 1866, le boutonnier est Alfred Pillon. 

En 1867, M.Mascré scieur d'os exerce une activité de blanchiment d'os à Saint-Félix.

 

Au début des années 1880 le moulin devient une usine de brosses.

Les premières brosses à dents auraient été fabriquées dans l'Oise vers 1810 à Laboissière.

L'emploi des brosses se développe avec les progrès de l'hygiène. La voie ferrée Beauvais-Creil mise en service en 1857 facilite le commerce avec Paris. 

Les boutonniers et tabletiers de la région se reconvertissent dans la fabrication de brosses à dents en os et soies de porc ou de sanglier.

 

Des tabletiers, fabricants de brosses et boutons en os venant d'Hondainville et de Cauvigny, la famille Fleury Cossart s'installe au moulin (1883).

Ils construisent l'usine, les 4 premiers sheds de l'usine actuelle datent de 1884. Le logement patronal date de la même époque.

Au recensement de 1886 le site est redevenu "LE MOULIN". C'est une usine de brosses en os.

La fabrication de boutons continue, elle permet de valoriser les chutes d'os. En 1885, une machine à vapeur est installée en complément des 3 roues hydrauliques.

Les Fleury Cossart ont une maison de vente à Paris, rue du Bourg l'Abbé qui permet de qualifier la production d'"Articles de Paris". M.Falconnet dirige l'entreprise et dépose la marque FALCONIA vers 1895.

Cette marque sera conservée jusqu'à la fermeture de l'usine. 

En 1910, Albert Autin (ancien contremaître d'une brosserie de Bury) exploite l'usine hydraulique, dont le fils de M. ET MME. Fleury Cossart, Georges Fleury est encore le propriétaire.

L'usine emploie plusieurs centaines d'ouvriers. Il faut compter dans le nombre de salariés plus d'une centaine à l'usine et plusieurs centaines travaillant à domicile : les monteuses de brosses. La plupart sont payées aux pièces, à la pincée (soit au nombre de trous empoilés).

Les brossiers et brossières travaillant à domicile fonctionnent comme des artisans, certains emploient des salariés. La main d'oeuvre féminine est très importante. 

Albert Autin conserve la marque FALCONIA pour les brosses à dents et créé la marque DOCTEUR GRANGE pour les brosses à barbe. Avec son fils Marcel qui lui succédera, il développe l'activité de brosserie.

Après la première Guerre Mondiale, des brosses à cheveux en bois de hêtre et en bois précieux sont produites ainsi que des brosses à dents dans les premières matières plastique : la galalithe (caséine de lait formolée) et le plexiglas. Le plastique remplace l'os. 

Les brosses de luxe sont vendues à Paris et dans toute la France et exportées dans le monde entier

L'usine est prospère, 4 sheds en briques sont ajoutés en 1920. La première machine semi-automatique est achetée en 1928, c'est une machine allemande. Auparavant, les machines utilisées par les brossiers étaient conçues et fabriquées par des mécaniciens de la région. (ex : WATTEEUV à Sainte Geneviève).

En 1970 il ne reste plus que 40salariés. L'activité cesse faute de modernité et de repreneur. A 78 ans, Marcel Autin, le fils du fondateur de l'entreprise qui travaille avec sont fils et sa fille, vend l'ensemble à M.Audemar qui a préservé ce patrimoine industriel exceptionnel.

C'est avec son accord que l'Association "Les Amis du Moulin de Saint-Félix", créée en octobre 2009, poursuit le même but : préserver le site, le faire connaître au plus grand nombre et lui assurer un avenir.

 

 

Les Amis du Moulin de Saint-Félix (résumé des recherches de Danièle Leroy, secrétaire adjointe de l'association.

Sources : Archives départementales de l'Oise,

Archives hydrauliques (cote 7 Sp),

Archives ecclésiastiques (cote H 1229),

Archives communales (cote EDT 304),

Bertrand Fournier : Le patrimoine industriel de la vallée du Thérain.

Graves : Le canton de Mouy, le canton de Noailles (1835)

 

Les Amis du Patrimoine de Balagny remercient très chaleureusement monsieur Jacques Buquet, membre du bureau de l'Association du Moulin de Saint-Félix pour cet article abondamment documenté qu'il a écrit à leur demande.